Le reflet d’un comportement
Docteur Philippe JAKUBOWICZ, médecin, victimologue, a brossé un tableau général des violences subies par les femmes. Il a ensuite décliné les aspects médico judiciaires et a défini les violences volontaires comme des infractions à la loi classées en fonction de la gravité des conséquences subies par la victime en contraventions, délits et crimes. Il s’est demandé si l’absence quasi-totale de signalement au niveau médico-judiciaire ne serait pas le reflet d’un comportement très particulier des femmes de la Communauté juive vis-à-vis de leurs droits universels et si ce comportement ne serait pas lui-même le résultat d’une ignorance, d’un refus ou d’une crainte plus puissants encore que ceux observés dans les autres groupes culturels et religieux.
Récidive chez les hommes violents
Roland COUTANCEAU, psychiatre des hôpitaux, Président de la Ligue française de santé mentale s’est plutôt penché sur la prise en charge thérapeutique des hommes violents et préconise de favoriser la prévention des faits de violence conjugale. Il a insisté sur la notion de récidive chez les hommes violents qui concerne aujourd’hui plus de la moitié des femmes battues ainsi que sur le " phénomène d’addiction " observé chez certains.
" Pour une femme, engager une action contre son mari, reste un acte lourd ". Aussi, dit-il, il est important qu’il y ait une meilleure prise en compte des plaintes déposées par les victimes. Il souligne également qu’il faut inciter " les victimes à parler plus tôt ".
Rav Elie LEMMEL, Directeur de la Maison de la Famille, nous a fait part de la réalité de la violence à l’intérieur de la Communauté juive. Les femmes n’osent pas le dire. Il insiste sur le fait que l’écoute n’est pas suffisante, il faut travailler avec des professionnels, des thérapeutes, des juristes…
Descente aux enfers
Une femme, victime de violence, a témoigné à visage découvert. En écoutant les différents intervenants, elle s’est retrouvée pratiquement dans toutes les situations décrites. Elle a raconté sa descente aux enfers, l’incompréhension de son entourage, le calvaire qu’elle a vécu pendant 20 ans. Le sursaut n’a eu lieu que lorsqu’elle a touché le fond. Elle a fini par divorcer, obtenir des indemnités et surtout, elle s’est reconstruite et a incité les femmes à ne pas se taire, ni taire leurs souffrances.
Perte de repères
Monsieur Gilles BERNHEIM, Grand Rabbin de la synagogue de la Victoire, a posé la question de savoir si la pratique des mitsvot offre au couple juif une protection face à la violence qui peut être faite à la femme. Il s’est longuement attardé sur le problème de la période où la femme est " impure " (nidda). Pour Gilles BERNHEIM, les femmes sont dans une grande confusion, il y a perte de repères. Alors que le divorce se banalise dans la société, elles ont du mal à envisager un tel choix.
Yvette SEBBAG