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FEMME ET JUDAÏSME

NOA « Oser le dire » une ligne d’écoute précieuse

WIZO FRANCE - 11.03.2010

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Mila s’entretient pour vous avec Sarah COHEN Présidente de l’association NOA OSER LE DIRE qui accompagne les femmes victimes de maltraitances.

MILA : Vous avez initié ce projet avec la Wizo voici presque un an, pouvez-vous dire aujourd’hui que NOA répond à vos espérances ? Quel bilan faites-vous de ces quelques mois ?

Sarah Cohen : Noa ne répond pas à mes espérances, mais aux espérances, aux attentes des femmes victimes de violence dans notre communauté. Une plate-forme téléphonique a été ouverte il y a quelques mois.

Le bilan est bon, même très bon en termes de notoriété. C’est un service qui manquait cruellement au paysage communautaire. En revanche en termes d’appels cela varie de jour en jour. Ce n’est pas évident de parler de ce fléau, même si l’écoute est anonyme. La pudeur, la peur, la honte paralysent et ne permettent pas toujours d’exprimer sa souffrance.

MILA : Une campagne nationale sensibilise le public à la maltraitance, un des slogans en est : « La violence si tu te tais elle te tue » est-il difficile de parler, de dénoncer les mauvais traitements subis ?

Sarah Cohen : Oui, je le constate chaque jour. C’est très difficile pour elles de libérer leur parole, leur désarroi. Pour la plupart, elles aiment encore leur mari, elles ont des enfants en bas-âge, elles n’ont pas d’autonomie financière. Il y a aussi des périodes de rémission et elles y croient.

MILA : Dans un rapport récent soumis au gouvernement, il est fait état de différentes formes de violences, notamment de sévices psychologiques. Avez vous relevé ce type de problèmes chez vos appelantes ?

Sarah Cohen : Bien sûr, il existe différentes formes de violences, il n’y a pas que les coups physiques qui font mal. Les injures, les mépris, les humiliations, les silences, les reproches sont des violences qui ne se voient pas, comme le cocard sur l’oeil ou sur la bouche, mais qui font très mal, encore plus mal. Ce sont des violences destructrices.

MILA : Toujours dans le même rapport sont abordés les abus sexuels y compris entre époux. Etant entendu qu’un rapport non réellement consenti est assimilable à un viol, êtes-vous (vos équipes d’écoutantes) préparées à ce genre de problèmes, êtes-vous assez formées pour pouvoir, le cas échéant, y faire face ?

Sarah Cohen : Les abus sexuels, malheureusement existent dans les couples. Les couples juifs ne sont pas épargnés. La honte empêche encore une fois ces femmes de s’exprimer. Beaucoup de temps est nécessaire avant qu’elles décident de dénoncer une telle violence ou de prendre des mesures de rupture. Nos écoutantes sont toutes formées à l’écoute de la violence. Une écoute empathique, authentique et chaleureuse. Avec le temps, elles ont merveilleusement ajusté leurs partitions. Leur bon sens et leur expérience leur permettent d’orienter vers le référent-expert la victime d’un viol ou d’une violence. Elle savent apporter aussi un certain réconfort.

MILA : La religion est-elle, selon vous, une entrave à votre action ? Est-il plus difficile de parler de soi, de son moi intime, quant on est religieuse et pratiquante ?

Sarah Cohen : La religion bien comprise, bien intégrée a pour mérite d’établir un rapport respectueux entre les époux. Elle ne doit en aucun cas représenter une entrave à la dénonciation de la violence. Notre action est soutenue par les instances religieuses et communautaires. Notre charte a été signée, notamment par le Grand Rabbin Gilles Bernheim. Et plus récemment le Grand Rabbin de France, Joseph Haïm Sitruck, au cours d’un entretien qu’il a bien voulu m’accorder, s’est engagé vis à vis de “ NOA Oser le dire ” à dénoncer ce fléau.

Merci pour cet entretien Sarah, bon courage, souhaitons qu’avec le temps votre travail si nécessaire aujourd’hui devienne obsolète.

Propos recueillis par J.L.