28 entretiens ont été effectués dans 15 villes, la moitié des interlocuteurs appartenaient au corps rabbinique ; on comptait parmi les autres des directrices de services sociaux et des thérapeutes.
Les interlocuteurs ont-ils entendu directement des témoignages de femmes victimes de violences au sein de leurs couples ? A l’exception des rabbins de Metz et de Montpellier qui n’ont eu que des témoignages indirects, les 26 autres interlocuteurs répondent positivement.
Ont-elles appelé nos interlocuteurs juste après avoir subi des violences ? Un cinquième seulement des interlocuteurs affirment avoir reçu des appels de femmes, juste après qu’elles aient subi des violences, à savoir trois rabbins de Lyon, Nice et Paris, une femme de rabbin à Grenoble et une conseillère conjugale et thérapeute à Paris (For Home).
Vers qui se tournent-elles en premier pour exprimer les violences dont elles sont victimes ? Selon Mme Fitouki, directrice du service social communautaire de Nice (CASIN), les femmes, qu’elles soient pratiquantes ou non, se tournent en premier vers le rabbin voire la femme du rabbin. Outre la stature morale attribuée au rabbin ou à son épouse, ce choix est motivé par le fait que les femmes craignent d’être reconnues dans le lieu public que représente un service social qu’elles assimilent d’ailleurs généralement aux pauvres.
Relevons que ce sont parfois les membres des établissements scolaires (surveillant, professeur, directeur) qui, au vu d’un changement comportemental de l’enfant, demande à rencontrer les parents et alertent les services sociaux ou la justice.
Les femmes victimes de violences expriment-elles le motif de leur appel lorsqu’elles prennent rendez-vous avec nos interlocuteurs ? Non, dans leur majorité, elles ne l’expriment pas au cours de leur prise de contact lorsqu’elles sollicitent un rendez-vous. Et même alors, elles ont des difficultés à révéler les violences dont elles sont victimes au cours de la première rencontre. Elles évoquent leur problème de couple ou de communication avec leur mari, ou parlent d’une situation matérielle difficile.
Quels attitude et sentiments prédominent chez elles au cours des premières rencontres ou séances ? Sans conteste, le déni ou le non-dit, accompagné de sentiments de honte, de solitude et de désarroi. Leur dépendance financière et leur attachement à leur mari qu’elles ne peuvent, ou ne veulent pas quitter, suscitent aussi chez elles un sentiment d’impuissance.
Ces caractéristiques propres aux femmes victimes de violences sont d’autant plus accentuées que ce sujet est tabou au sein des communautés juives.
Des hommes violents ont-ils demandé à rencontrer nos interlocuteurs ? L’homme violent ne prend pratiquement jamais l’initiative de parler de sa violence et lorsqu’il accepte d’accompagner sa femme à une rencontre chez le rabbin, un travailleur social ou un thérapeute, les problèmes abordés seront le chômage, la santé, éventuellement des problèmes généraux de couple.
Quels attitude et sentiments prédominent chez eux au cours des premières rencontres ou séances ? Là aussi, l’attitude prédominante est celle du déni. " Le bourreau a du mal à admettre qu’il martyrise son conjoint " dit le rabbin Abitan de Nice.
Ce déni est suivi d’une minimisation des faits et du refus de reconnaître sa responsabilité en attribuant l’origine de son comportement violent aux " défauts " de sa femme : " elle me fait des reproches ", " elle a insulté ma mère ", " elle est insupportable " etc…
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Note 1 Entre-temps a été mis en application la loi du 4 avril 2006 : loi renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre les mineurs. Cette loi étend le principe de l’éloignement du conjoint violent du domicile conjugale étendu à tous les couples (mariés, PACSES, en union libre) et qualifie de circonstance aggravante, les violences exercées au sein d’un couple.